jeudi 17 septembre 2009
Des ramens au bon petit goût de victoire
-"Il s'appelle Efukoïte. C'est lui qui dirige, gère, et cuisine pour ce restaurant... Tu te rends compte? Il doit être cinglé, ou ne pas dormir du tout, pour y venir à bout..."
-"Surtout ici, avec ces combattants affamés qui rodent à la recherche de nouvelles proies gastronomiques ... on pari sur sa survie? "
-"Chónn, ne soit pas ridicule. Ta chance est insolente, et je sais que même si ce pari serait gagné d'avance avec quelqu'un d'autre, je signe mon arrêt de mort contre toi."
-"Pardon, j'ai cru que le chef de la Lame était téméraire. Quelqu'un qui n'a pas froid aux yeux..."
Des critiques comme celles-là, Efukoïte en entendait tous les jours. Mais il n'en avait rien à faire. Le beau, grand jeune homme qu'il est a d'autres chats à fouetter. Et surtout, d'autres oignons à couper. Après tout, diriger un restaurant au pied de la tour céleste n'était pas à prendre à la légère. Il lui arrivait souvent de prendre des pauses, pour rêvasser, se reposer. Mais les pauses étaient toujours bien assez courtes, puisque sans son unique employé, le restaurant ne tient plus debout. Enfin, "restaurant" est un terme déjà bien prétentieux, vu l'état de son magasin.
La principale attraction qu'on puisse trouver à ce restaurant est, sans doutes, la délicieuse odeur de légumes sautés, de porc grillé, mélangée à l'âcre senteur des oignons finement coupés et à l'éclat des porcelaines qui, en toutes circonstances, paraissait incandescent. Les quelques tables présentes et réservées pour le restaurant étaient dispersées ça et là, encadrées de bancs de bois peu confortables, comme on pourrait retrouver dans la plupart des jardins. Mais s'il existe un proverbe qui dit que la beauté resplendit des imperfections, la chaleureuse ambiance qui régnait autour serait expliquée. Malgré le côté "Restauration-rapide" du comptoir, les tables et les bancs étaient tous uniques, semblant faits à la main. Les tables carrées aux coins arrondis étaient peintes à l'acrylique de seconde main, fond noir sur décorations dorées métalliques, et retenues par un seul pilier central qui, vissé au sol, soutient sans apparente difficulté la table et ce qu'elle porte. Le bois avait ensuite été vernit, afin d'en préserver l'éclat. Efukoïte pensait à ajouter quelques plantes artificielles au décor, prochainement. Mais le tout ne calibrait pas avec le comptoir : en verre, typique d'un restaurant service-rapide, offrant sous des vitrines des pâtisseries faites maison, encore fumantes dans des paniers en osier, séparant les différents desserts, un distributeur de boisson en fontaine, et tout au bout, la seule et unique caisse. On prend nos commandes à l'extrémité opposée à la caisse, et on y rapporte également la vaisselle et les cabarets, aussi faits de bois vernis, qui contrairement au reste, se rapportait bien au thème des tables et des bancs. Des néons, tout ce qu'il y a de plus commun, illuminent le comptoir de nuit, alors qu'une ampoule colorée ajoute une lumière orangée et chaude à la caisse. En prenant sa commande, on peut observer Efukoïte qui s'occupe de cuisiner les plats, un véritable flou humain, et ce au sens littéraire. Il se déplace incroyablement vite. Il accourt d'une cuisinière à l'autre en mijotant simultanément les plats de différents clients. Quand on ne pouvait pas suivre ses déplacements avec nos yeux, on pouvait sentir, par le déplacement de l'air, vers où il se dirige. Même que les menus et le tableau noir où il inscrivait à chaque matin les spéciaux du jour se décrochent plusieurs fois avant que le soleil ne termine son trépas. Pour les touristes et les combatants de faible niveau, il était impossible de figurer comment le cuistôt pouvait se déplacer à cette vitesse. Pour les autres, le secret était vite dévoilé. Efukoïte est un maître dans l'art du Gyo, et peut manipuler son Nen , le contrôler presque parfaitement. Il déplace son Nen dans ses jambes quand il doit courir, et tout aussi rapidement dans ses membres supérieur, lorsqu'il doit hacher, faire cuire, ou s'occuper de ses plats, et finalement dans ses poumons et son coeur, lorsqu'il doit se reposer, pour fractionner la durée de ses pauses.
Alors que l'horloge sonne les quinze heures, il dépose sur le comptoir une enseigne , également en bois, signifiant que le restaurant ré-ouvrira à seize heures. Un cadran d'horloge y était dessiné, et Efukoïte avait fabriqué de petites aiguilles en bois qu'il plaçait sur l'enseigne lorsqu'il se fatiguait, et qu'il désirait prendre une pause.
Il prit un cabaret, un plat de ses ramens, et se dirigea vers une table libre. Comme il déposa son cabaret sur la table, une silhouette sembla surgir de nul part, et surprit Efukoïte.
-"Je peux m'assoir là?" , demanda la silhouette. En observant attentivement, Efukoïte se mit à analyser les traits de l'homme devant lui. Il était un peu plus petit que lui, mais semblait plus vieux , par les traits de son visage. Ses grands cheveux étaient d'un vert forêt qui reflétait la lumière des néons, dans un effet presque aveuglant. Ses épaules rapprochées lui donnaient un air fébrile et la mince musculature du jeune adulte laissait présager qu'il n'était pas bien dangereux. Il émanait d'une inspiration bienveillante qui charma tout de suite Efukoïte.
-"Oui, bien sûr... ce siège est libre.", répond-t'il, en s'asseyant.
-"Vous êtes la patron de l'établissement, n'est-ce pas? Efukoïte, si je ne m'abuse?"
-"C'est bien moi. Et vous êtes?"
-"Chónnèprell, mais on m'appelle Chónn, c'est plus court."
-"Je vois... et comment savez-vous mon nom? Jamais je n'oserait penser que je suis si cé-"
-"Bouche-à-oreille. Bien que c'est la première fois que je viens, un ami m'a suggéré de venir faire un tour. Il parait que vos ramens sont excellents et que le service est ahurissant." , coupa Chónn, le sourire au lèvres. Son regard semblait pur et bon, ne trahissant aucune méchanceté, aucune haine. Ses longs cheveux verts dansaient lentement sur la soie verte de la chemise à manches longues qu'il portait, alors qu'une brise mystérieuse soufflait de derrière lui. Ses bottes vertes et ses pantalons verts lui donnaient presque l'air d'une créature mythique sortie directement d'un conte de fées.
-"Mes ramens sont si appréciés que ça?" demanda le cuisinier, le regard perplexe alors qu'une lanière d'oignon rouge lui pendait de la bouche.
-"Ils le sont beaucoup. En fait, je ne suis pas venu simplement pour faire connaissance. Je suis venu pour faire un... investissement."
Efukoïte releva la tête de son bol de nouilles, avec une expression intéressée au visage. Chónn comprit qu'il pouvait continuer.
-"Je m'intéresse aux petits commerces comme le vôtre, et en fait, il est plutôt rare que les gens venus d'ailleurs arrivent à percer ici. Vous devez avoir une persévérance à toute épreuve. D'où venez-vous , au fait?"
-"De l'île du Marsouin, une île satellite de l'île de la Baleine. "
-"Je vois. Mes impressions sont toujours justes. Vous n'êtes donc pas d'ici ... Bref, ce que j'ai à vous proposer est assez simple. Je vous fait une faveur monétaire maintenant et ... je viendrai vous voir lorsque je voudrai ... une compensation." dit-il en se raclant la gorge. Il saisit une petite malette, qui semblait être cachée dans la chemise du mystérieux personnage , et la déposa sur la table, en la poussant légèrement vers Efukoïte.
-"J'aurai des taux d'intérêts de ...?" demanda t'il, en ouvrant la mallette.
Il fut ébahi de trouver dans la valise pas moins de cinq millions. Il faillit bien s'étouffer en voyant la somme d'argent devant lui.
-"Rien pour l'instant... mais si vous me faites attendre après que j'aie demandé compensation, vous devrez fournir un certain montant de plus ... que nous négocieront s'il y a lieu."
-"Je... je ne sais pas trop quoi dire..."
L'homme se leva, laissant la mallette sur la table. Alors qu'il tourna les talons, il ajouta:
-"Alors, ne dites rien."
Efukoïte [wildkiss] 21:19